Le Concordat : Rapport entre le Pouvoir, l'Argent et le Pape

          


LE CONCORDAT

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'Eglise de Rome a toujours entretenu des relations particulières avec la France, fille aînée de l'Eglise, et avec le roi qui est à sa tête. Avec le monarque français, les rapports se jouent sur deux aspects fondamentaux : ceux du pouvoir et de l'argent. Quel pouvoir ? Celui de nommer les prêlats et les abbés. Quel argent ? celui des bénéfices, tirés des terres et des propriétés de l'Eglise, alimentés par les dons des croyants. Selon les époques, le Pape nomme et le Roi touche une dime sur les bénéfices, à d'autres, Rome est contraint d' abandonner le pouvoir spirituel au profit du pouvoir temporel car ce qui intéresse le roi, c'est d'unifier le pays en nommant des hommes fidèles à sa cause aux plus hauts niveaux de la hiérarchie ecclésiastique. Il faut se rappeller en effet que dans une société religieuse, il est difficile de faire la différence entre pouvoir spirituel et temporel.







LA PRAGMATIQUE SANCTION



usqu'au 13ème siècle, la Papauté avait tout pouvoir sur l'Eglise de France. Certains auteurs attribuent à St Louis la promulgation en 1268 d'une "Pragmatique sanction" qui restituait aux collateurs leurs prérogatives, rétablissait l'élection des évêques et des abbés et flétrissait la simonie ( trafic de charges ecclésiastiques ) . Le terme de Pragmatique sanction désignait les ordonnaces des rois en général, mais on garda la terminologie pour cette décision portant sur l'organisation de l'Eglise Gallicane avec Rome. Les empiètements de la papauté reprirent pourtant et fournirent l'occasion de conflits célèbres qui éclatèrent entre Philippe le Bel et Boniface VII. Ils aboutirent à l'excommunication du roi en 1303. En 1385,1398,1406 des ordonnaces royales revendiquèrent les libertés de l'Eglise de France. Des conciles s'assemblèrent pour réformer la constitution générale de l'Eglise. Deux restèrent célèbres : ceux de Constance (1414-1418) et celui de Bâle (1431-1437). CHARLES VII enfin promulga la fameuses PRAGMATIQUE SANCTION de Bourges. Elle organisait la soumission du Pape aux décisions des Conciles, elle supprimait les annates (dîme représentant une annuité complète des produits des biens de l'Eglise) et restituait aux chapitres et communautés leurs droits electoraux (élections des abbés, par ex) . L'ordonnance fut bien accueillie par le petit clergé qui se voyait reconnu et pouvait démocratiquement faire entendre ses doléances par élections interposées. Les évêques et prieurs furent moins enthousiastes, on les comprend, à l'idée de rendre des comptes à des électeurs. La Papauté combattit vigoureusement cet acte qui ratifiait les décisions de conciles qu'elle estimait hors jeu et qu'elle avait même dissous. Le concile de LATRAN avait déclaré la Pragmatique comme une oeuvre diabolique et impie. Il votera avec empressement pour le CONCORDAT.



LE CONCORDAT



égocié dans ses grandes lignes à Bologne par Antoine DUPRAT après la victoire de Marigan, puis finalisé par l'avocat au Parlement de Paris Rorger BARME, le CONCORDAT est signé par le Pape le 18 Aout 1516 par la bulle Primitiva illa ecclesia. François 1er feignait de tenir à la Pragmatique, mais il était prêt à sacrifier le principe de l'élection afin de pouvoir obtenir la reconnaissance de sa souveraineté sur le clergé de France. Le Pape, lui, souhaitait anéantir les décisions des conciles auxquels il ne reconnaissait pas une autorité supérieure à la sienne. Et il avait besoin d'argent. C'est ce qui fut négocié et obtenu de part et d'autre. Le CONCORDAT supprime les élections, et attribue à François 1er la collation des bénéfice, c'est à dire la nomination des ecclésiastiques de haut rang : sitôt désigné par le Roi, le Pape n'a qu'à accorder ses lettres d'investiture. Le texte prévoit le rétablissement des annates au profit du Pape, et accorde au Roi un décime sur les revenus ecclésiastiques. Le concordat revient donc à donner au Roi le pouvoir de nommer évêques et archevêques, c'est à dire le pouvoir spirituel et il donne au Pape le pouvoir de prélever des impôts - c'est à dire un pouvoir pour le moins temporel . Beau renversement de perspective ! François 1er obtient dans son escarcelle 6 archevêchés, 83 évêchés et des centaines d'abbayes. Pour lui, c'est un fantastique accroissement de son pouvoir, et de fait, les prétendants se pressent dorénavant à la cour de France, et non au Saint Siège, ou auprès de leurs électeurs. Les réactions dans le clergé sont évidemment négatives. Mais c'est au Parlement de Paris que l'opposition est la plus vive. Elle dure une année, du 15 février 1517 au 22 Mars 1518. Toutes les procédures et manoeuvres dilatoires sont utilisées par les Parlementaires pour ne pas ratifier l'accord de Bologne, jugé dangeureux, injuste, et surtout trop favorable à la puissance croissante du Roi. Mais en vain. DUPRAT monte au créneau et présente le projet sous des éclairages attrayants. Rien n'y fait. Le Roi lui-même se déplace. Le Parlement doit finalement se résigner sous la contrainte du chambellan du ROI, La TREMOILLE. Mais l'Université prend le relais. Elle interdit aux imprimeurs de publier quoi que ce soit sur le concordat, et lançe ses prédicateurs dans une campagne anti-concordat dans les Eglises. Le peuple de Paris se met à gronder. Le Roi fait jeter en prison quelques universitaires. L'Université est sommée par un Edit de ne s'occuper que d'enseignement. Malgré lui, le Parlement doit donc enregistrer l'Edit et condamner en grincant des dents les fauteurs de troubles. Un beau succès pour DUPRAT, que François va remercier en lui octroyant les revenus de......5 évêchés et 2 abbayes !

 








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