En quoi le positivisme – normativisme – est-il DIABOLIQUE? Xavier MAGNON - Professeur à l’Université de Perpignan – Via Domitia

 

 

« Parce que la doctrine positiviste interdit, dès son principe, toute interrogation fondamentale, elle
fait peser sur le droit un lourd soupçon : n’aboutit-elle pas à défier, par l’aridité contradictoire et
mortelle de sa volonté scientiste, l’idéalité et les valeurs de l’humanisme ? »
1
.
« Le positivisme juridique se défend  de toute impureté idéologique et métaphysique (…) : il
parlerait seul du vrai droit et toute autre théorie serait condamnée à errer dans le rêve, dans les
choix idéologiques et métaphysiques »
2
.
Selon le « dogme général du positivisme », le juriste ne doit jamais « discerner le juste », il doit
demeurer « neutre ; peu lui importe que [les] textes [qu’il étudie] visent la domination de la race
germanique sur le monde, l’élimination des bourgeois, l’épanouissement des libertés, ailleurs la
justice »
3
.
Telles sont quelques illustrations des attaques directes, virulentes, sans concession et donc parfois
excessives, dont fait l’objet le positivisme auprès des philosophes et/ou des juristes naturalistes.
La doctrine privatiste semble d’ailleurs la plus touchée par cette aversion à l’encontre du
positivisme. A cet égard, l’un de ses éminents représentants constatait, tout en distinguant les
bons des mauvais positivistes, que « parmi les professeurs de droit privé (…), un grand nombre
pratiquent quotidiennement le positivisme critique tout en évitant avec soin de s’en proclamer
adeptes, crainte qu’on ne les tienne inexorablement pour disciples du positivisme servile »
4
. Le
ressort central de la critique faite au « positiviste servile » est suffisamment connu pour être
résumé par un aphorisme : le positivisme a conduit les juristes à sacrifier leur âme sur l’autel de la
science !
Au-delà de ce premier cercle, la critique du positivisme se fait parfois moins visible, plus discrète
et même insidieuse, tout en étant, sans doute, autrement plus efficace. Elle ne vient pas de ceux
qui, d’un point de vue ontologique, se heurtent aux présupposés positivistes, mais de la
communauté des juristes elle-même, dans un sens large. Au sein de cette communauté, il n’est pas
rare d’entendre, au détour des couloirs sombres d’une Faculté de droit, une formule, stigmatisant
les limites intellectuelles de l’un de ses collègues, du type « …  ce n’est qu’un positiviste », se
transformant, à la lumière des colloques ou autres manifestations publiques, en un « vous êtes un
pur positiviste ». Par ces formules, et dans le prolongement du premier cercle de critique, le
handicap ontologique du positiviste est désigné : celui-ci ne s’intéresse qu’au droit tel qu’il est
posé, sans s’interroger sur son origine, sa raison d’être, ses valeurs, son histoire ou son caractère
juste. Le positivisme révèle une tare congénitale de ses défenseurs les privant de toute pensée en
dehors, au-delà, par-delà ou en-deçà, n’éludons aucune dimension pertinente, de la norme
juridique. En quelques formules choisies, le positivisme est l’étalon négatif de ce qu’il ne faut pas
être, le symbole des limites dénoncées et dénonçables des juristes. Il est le courant de pensée de
tous ceux dont la pensée s’arrête à l’orée de la justice.
                                               
1
S. GOYARD-FABRE, « L’illusion positiviste », in Mélanges Paul Amselek, Bruylant, 2005, p. 374.
2
C. ATIAS, « Fonder le droit ? (Simples propos extra petita et obiterdictum sur les contradictions du positivisme juridique) »,
in Mélanges Paul Amselek, op. cit., p. 31.
3 M. VILLEY, Philosophie du droit. Définitions et fins du droit (T. 1). Les moyens du droit (T. 2), Dalloz, Réédition, 2001, p. 137.
4
P. JESTAZ, « Une question d’épistémologie. A propos de l’affaire Perruche », RTDciv., 2001, p. 547.

 

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