Tunisie, Sadok Belaid appelle à normaliser la lutte contre la corruption

 

               Tunisie, Sadok Belaid appelle à normaliser la lutte contre la corruption

Depuis le début de la marche vers la démocratisation du pays, les mêmes questions reviennent dans tous les débats, vers quoi allons-nous ? Quel exemple suivre ? Quelle est l’expérience la plus compatible avec le cas de la Tunisie pour s’en inspirer? Quel avenir pour l’économie tunisienne ? Pour réfléchir à ces questions, l’Association des Economistes Tunisiens a organisé, le 2 et 3 mai courant, un forum sous le thème « La transition économique en Tunisie », qui a réuni des économistes tunisiens et européens autour d’une réflexion à partir d’expériences internationales.


 

 



Il ressort de cette rencontre qu’il n’existe pas de réel exemple à suivre à la lettre, mais que l’avenir de la Tunisie se fera par des inspirations de divers bords, chacune dans un domaine bien particulier. Guy Hermet, professeur à Sciences-Po Paris évoque le cas de la démocratisation de l’Inde et du Pakistan. «  L’Inde a eu une trajectoire démocratique exemplaire, alors que le Pakistan ne réussit pas tout aussi bien cette démocratisation. L’inde ayant été une colonie anglaise, a hérité des valeurs comme le refus de la corruption et c’est sa diversité ethnique qui l’a aussi aidé à créer une démocratie».

Werner Gephart, enseignant au Kate Hamburger Kolleg a exposé deux modèles possibles, pour passer d’une culture de non-loi à un état de droit : «Il y a le modèle de table rase ou celui de construire sur ce qui est déjà existant. Que choisir, la naissance d’un papillon de son cocon, ou un serpent qui se débarrasse de sa peau ? », s’interroge-t-il. Selon lui, le manque de droit peut entraver la marche vers le développement économique et social. D’ailleurs le professeur Sadok Belaid, enseignant de droit à l’Université de Carthage a précisé que l’absence d’un Etat de droit a crée deux systèmes parallèles sous l’ère de Ben Ali. Un système légal et un système illégal. Le légal s’enlisait dans la crise alors que l’illégal florissait. «Ce qui a mené à une économie essoufflée, dépendante de l’étranger, un fléchissement des investissements intérieurs et extérieurs et une bipolarisation sociale avec un affaiblissement de la classe moyenne », autant d’aspects qui doivent, selon lui, être corrigés, d’abord par la lutte contre la corruption : «On doit mentionner de manière normative la lutte contre la corruption. Notamment dans la constitution, comme par exemple qu’un ministre doit faire une déclaration de ses biens avant la prise de ses fonctions », explique-t-il.

 

 

 



Ensuite, Sadok Belaïd appelle à la réforme du système éducationnel : «Depuis la formation de base, jusqu’à l’université». Il prône pour solution, le recrutement massif des diplômés du supérieur, pour réformer l’enseignement primaire et secondaire. Il dénonce également le système LMD, qui selon lui devrait être abrogé : « Il ne répond ni aux exigences, ni aux besoins de notre pays. Il faut un nouveau modèle économique, qui fasse de la recherche scientifique un point central », a-t-il dit.  D’après lui, l’avenir économique de la Tunisie, réside dans le fait de créer des institutions régionales de développement économique et décentraliser au mieux les investissements, en l’occurrence les investissements directs étrangers (IDE). 

La carte des IDE  montre que ceux-ci sont concentrés sur le littoral et sur la région nord du pays : «fonder une stratégie d’attractivité sur la base de la faiblesse des salaires et d’une fiscalité attractive s’avère être inefficace. Les IDE sont les causes des disparités régionales. Ils sont pour la plupart capitalistiques et très peu pourvoyeurs d’emplois», souligne Ridha Gouia, professeur à l’université d’El Manar. Il ajoute qu’il serait illusoire de compter sur ces investissements pour un développement régional.

 



Interrogée sur la situation actuelle et les visions futures de l’économie tunisienne, Samira Chaker, enseignante à l’IHEC et membre de l’association, estime qu’il faut repenser le système, « tout en partant d’un acquis, pour capitaliser et redresser l’économie. Il faut réussir à aller vers un consensus national qui pousse les gens à travailler pour créer de la richesse », dit-elle. Elle prône le bon usage de notre technostructure : « Sous Ben Ali, il y a eu ceux qui ont travaillé pour l’intérêt du pays, sinon comment avoir réussi une croissance de 5% malgré tout. Il ne faut pas tomber dans le jugement hâtif, sinon on va s’engager dans une chasse aux sorcières sans fin »,  ajoute-t-elle. Quant à l’éventualité de laisser tomber un secteur économique au détriment d’un autre, samira Chaker répond : « Est-ce que la Tunisie peut se payer le luxe de ce temps d’adaptation ? On ne peut pas abandonner un secteur d’activité que l’on connaît, pour un autre que l’on ne maitrise pas. Développer d’autres secteurs en parallèle oui », termine-t-elle.

 

Chiraz Kefi

 

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