~ Derrida/Austin/Searle : réitération d'une controverse : La Déconstruction et la Théorie des Actes de Langage ~

~ Derrida/Austin/Searle : réitération d'une controverse ~

~ La Déconstruction et la Théorie des Actes de Langage ~

C’est à la fin des années soixante dix qu’éclata l’une des querelles philosophiques les plus virulentes que connut l’histoire contemporaine des idées, entre le philosophe français Jacques Derrida inventeur de la déconstruction, et John R. Searle philosophe analytique américain, théoricien des actes de langage.
En 1972, Derrida propose une interprétation déconstructrice de la théorie du « performatif » du philosophe britannique John.L. Austin. En 1977, une fois traduit en anglais le texte de Derrida, Searle, disciple d’Austin, réagit dans une réponse acerbe destinée à récuser point par point l'interprétation de Austin par Derrida. Cette réaction, et la controverse qui s’en suivit, n’en serait moins restée stérile, si elle ne s’était pas elle-même fondée sur une interprétation tout aussi tronquée de Austin par Searle.
Loin d’engager un dialogue de sourds, la querelle Derrida/Searle est l’occasion de voir émerger entre tradition continentale et tradition analytique un débat de fond, parfois mal aperçu comme tel par les auteurs de la controverse et leurs héritiers, sur le statut de l’intentionnalité.
Derrida et Searle relisent tous deux la théorie du performatif à la lumière du concept d’intentionnalité tel que Derrida l'hérite de la phénoménologie, et Searle de la pragmatique.

Leur confrontation restitue la richesse du traitement de l’intentionnalité dans la philosophie du XXeme siècle d’une tradition à l’autre, en même temps qu’elle en interroge la viabilité dans son articulation à la problématique ouverte par la philosophie du langage ordinaire d’Austin, du primat des conventions.
Rassemblant toutes les pistes ouvertes par la controverse Derrida/Searle, Raoul Moati propose comme point d’aboutissement de questionner la déconstruction, et peut-être au-delà de celle-ci la phénoménologie dont elle repart, sur le concept d’intentionnalité qu’elle mobilise, en demandant si une telle intentionnalité procède de la présence métaphysique comme le pense Derrida, ou des conventions du langage ordinaire comme le pense Searle.

Derrida/Searle : réitération d'une controverse

Emanuel LANDOLT

Le véritable point de départ de cette étude est la théorie des actes de langage élaborée par le philosophe oxfordien John Langshaw Austin dans How to Do Things with Words (Quand dire, c’est faire, 1962). J.L. Austin distingue les énoncés constatifs, qui décrivent des faits et qui sont vrais ou faux, des énoncés performatifs, qui effectuent quelque chose par l’acte même de leur énonciation. Dix ans plus tard, Jacques Derrida publia son « Signature, événement, contexte » où il s’approprie une partie de la pensée d’Austin dans son propre travail de déconstruction. Pourtant, cette utilisation n’a pas été au goût de John Searle, philosophe américain et étudiant d’Austin. Il s’ensuivit une série d’échanges étonnamment virulents sur la nature du performatif, vu à travers deux « langages » différents, celui de la phénoménologie chez Derrida et celui de la pragmatique chez Searle. Avec une clarté qui dépasse souvent celle des deux auteurs eux-mêmes, Raoul Moati accompagne le lecteur point par point – et parfois, coup par coup – dans ce débat aux enjeux importants pour la philosophie du langage. Ce débat sur la communication révèle de façon embarrassante la difficulté de communication qui persiste entre les univers de la philosophie continentale et la philosophie analytique, chacun viscéralement attaché à son héritage et à sa manière de poser les questions. Gerhard Schmezer


Si l’œuvre de Derrida a trop souvent joui d’une certaine méfiance ou d’une relative indifférence en France, elle a suscité aux Etats-Unis une des plus violentes disputes philosophiques du XXe siècle. Par l'évocation de cette controverse philosophique, Raoul Moati cherche à nous faire comprendre les enjeux proprement philosophiques qui se dessinent derrière ce dialogue impossible, ou en tout cas jamais véritablement entamé (il s’est toujours fait à distance et s’est brutalement interrompu) entre John Searle et Jacques Derrida. Le mérite de ce livre (le premier en français sur cette dispute) est de venir apporter des éclairages décisifs sur les malentendus qui ont nourri ce coup d’éclat, malentendus qui venaient illustrer des prémisses argumentatifs radicalement différents.
Les configurations philosophiques propres aux deux traditions philosophiques incarnées par Derrida et Searle viennent apporter des éclairages et lever le voile sur la richesse de deux traditions opposées, et venir ainsi enrichir notre compréhension de notions bien ancrées dans la philosophie comme celles d’intentionnalité, de communication, de sujet énonciateur, etc.

La Déconstruction et la Théorie des Actes de Langage

Kevin Halion

Dans cet essai, j’examine, et défends sous une certaine forme, la distinction entre des emplois normaux de langage et des emplois dont on puisse dire qu’ils sont parasitaires sur ceux-ci. Cette distinction se fait dans la philosophie de J. L. Austin et dans celle de John R. Searle où elle est attaquée par Jacques Derrida. Je soutiens la critique derridienne de la distinction comme présentée par Austin, mais je défends l’emploi de la distinction par Searle. Plus précisément, je montre que, bien que la distinction soit défendable dans les deux philosophies, c’est seulement dans la philosophie de Searle que l’on puisse distinguer entre des actes de langage qui soient exclusivement ou normaux ou parasitaires.

La distinction fut introduite premièrement par Austin, notamment dans Quand dire, c’est faire où il essaya de concevoir le langage comme un genre d’activité sociale plutôt que comme une affaire de constater vraiment ou non. Austin montra comment le langage pouvait être employé aussi bien pour faire des promesses ou des déclarations, pour baptiser ou marier, pour parier ou pour exprimer une émotion, que pour faire des assertions. De même montra-t-il comment ces actes pouvaient échouer. Ces échecs, il appela l’infélicité des prétendus actes en question. De plus, il sentit que ces actes pourraient être parasités, c’est-à-dire qu’ils pouvaient s’employer dans des romans, des poèmes, des plaisanteries, des pièces de théâtre, et même dans des citations. Concernant de tels emplois il y avait quelque chose qui n’allait pas d’après Austin, et il crut qu’il y avait un certain rapport entre ceci et l’infélicité.

Des distinctions entre des emplois de langage heureux ou malheureux, normaux ou parasitaires, se font aussi dans les oeuvres de Searle — dans Les actes de langage, Sens et expression, et Intentionnalité. Mais sa façon de les expliquer, que je montre comme la meilleure des deux, diffère de celle d’Austin. Je procède par une considération de la critique par Derrida de la théorie austinienne dans laquelle il questionne la possibilité de faire les distinctions que fait Austin étant donné son appareil théorétique. Je montre que Derrida soulève des problèmes avec la théorie d’Austin qui sont insurmontables étant donné les mécanismes de celui-ci — quoique quelques-uns de ces problèmes soient peut-être dus au fait que sa théorie n’avait pas été suffisamment développée; mais je soutiens que, bien que Searle n’ait pas compris la critique derridienne et ait défendu la théorie des actes de langage contre une version affaiblie de la critique derridienne, néanmoins la théorie de Searle peut se défendre à la fois contre les types de critique que Derrida mène contre Austin, et contre les critiques que Derrida mène explicitement contre Searle lui-même. En d’autres mots, je soutiens que la distinction entre des actes de langage normaux et leurs parasites peut se défendre seulement dans l’oeuvre de Searle ... etc.

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