Entre Derrida et Lacan - un écart à creuser - Pierre Delayin "Repères dans la philosophie"

 
 

 









       

[Entre Derrida et Lacan - un écart à creuser]

   













     



Pierre Delayin "Repères dans la philosophie", Ed : Idixa, 2004-2008, Page créée le 29 mai 2006



     

   


                   

   

 

Lacan et Derrida sont presque contemporains. Même si l'un est né 29 ans après l'autre, ils se croisent entre 1961 et 1980 : l'un écrit de 1936 à 1980 et l'autre de 1961 à 2004. La plage commune est celle de l'âge d'or de la théorie française, point de butée des trente glorieuses, point de départ du 21ème siècle.

Le projet même d'Idixa est parti d'une comparaison de la place de la voix chez ces deux auteurs. Dans les deux cas, elle semble déterminer une chronologie de la pensée. Pour Lacan, elle est associée à l'objet(a); pour Derrida, elle est le lieu de la présence, le point focal de la métaphysique. Cet écart de définitions témoigne de la divergence de leur cheminement. Souvent ce que Derrida retient de Freud est directement opposé à l'interprétation lacanienne. C'est le cas, par exemple, pour la castration ou la place de l'imaginaire. Inversement, ce que Lacan retient de Freud est opposé à l'interprétation derridéenne : par exemple la "parole pleine" (cette chose dont la profération suffit à garantir l'autorité) ou le dévoilement-révélation de la vérité.

Derrida accuse Lacan de logocentrisme. Ses concepts (l'ordre symbolique, le signifiant, le sujet, la parole, la vérité, la lettre indivisible et indestructible, la métaphore paternelle) excluent le "quatrième côté", celui qui échappe à la structure. Sa logique du signe qualifie d'"imaginaires" les dédoublements, les simulacres et les renvois qui ne reviennent pas à leur point de départ - précisément ceux à partir desquels Derrida développe son schème de l'auto-immunité. Les théories du psychanalyste sont construites pour résister à la déconstruction. Inversement, la dissémination désorganise et délite l'ordre triangulaire qui est pour Lacan l'alpha et l'oméga du retour à Freud. Il n'y a pour Derrida ni retour possible de la lettre, ni unité du phallus, qui est un objet parmi d'autres.

Lacan se rattache au courant de la pensée française qui postule un assujettissement à la loi de l'autre - par rapport auquel Derrida est un hérétique.

Bien qu'ils s'opposent sur bien des points, les deux penseurs sont proches. C'est cette proximité et leur postérité critique parallèle qui nous interroge.

 

 

--------------

Propositions

--------------

-

Plus que de tout autre à leur époque, on peut rapprocher les travaux de Derrida et de Lacan à cause de leur effet critique

-

L'appareil théorique de Lacan, marqué par le logocentrisme de la parole pleine et de la vérité, résiste à une déconstruction générale

-

La littérature ou l'art sont souvent porteurs d'une déconstruction générale à quoi résistent les appareils conceptuels

-

[Dans le prolongement de la psychanalyse, la dissémination résiste indéfiniment à l'effet de subjectivité que Lacan appelle ordre du symbolique]

-

La dissémination est la force qui permet à une marque de rompre son attache avec l'unité d'un signifié et de défaire l'édredon du symbolique

-

[La lettre derridienne est disséminante, tandis que celle de Lacan est indivisible, toujours identique à elle-même, quels que soient les morcellements de son corps]

-

[Derrida, le phallus]

-

Emphase de la parole, la logique lacanienne du signifiant appartient au système logocentrique de la vérité

-

Le système de la "parole vraie et authentique" s'appuie sur la responsabilité dans son sens le plus humaniste : s'acquitter adéquatement de ce qu'on doit (devoir et dette)

-

Pour construire la scène du signifiant et du signifié, la logique du signe doit exclure le problème du cadre, de la signature et du parergon

-

Le système du signifiant entretient un effet de cadre, une logique du quart exclu où se dérobe la restance du texte

-

La structure disséminale, c'est qu'il n'y a pas de retour possible de la lettre

-

Une éthique qui se veut universelle repose sur une métaphysique de l'assujettissement à la loi de l'autre

-

Par sa théorie du symbolique, Lacan tente de contrôler l'affolement angoissant que provoquent les renvois de simulacre à simulacre, de double à double

-

La distinction entre imaginaire et symbolique est sans pertinence : un regard n'a pas plus à voir avec la perception qu'avec la loi

-

Le phallogocentrisme est une chose qui parle d'elle-même : elle a toujours raison quand elle s'entend

-

La place de la voix dans la controverse entre Lacan et Derrida reflète les tensions de l'époque

-

La lettre lacanienne, comme le signifiant, est unique, indivisible et indestructible; son trajet propre la reconduit toujours à son point de départ

-

La psychanalyse a interprété métaphysiquement la castration en lui donnant valeur de signifié transcendantal

-

La dissémination menace la signification, dans une chaîne d'équivalences infiniment ouverte dont le phallus n'est qu'un des éléments

-

Chronologie comparée du rapport à la voix dans Lacan et Derrida

-

Lacan, Derrida, la voix et le scripteur

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

diplome-1.jpg

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site