Raison et religion ... Dialectique de la sécularisation: Le débat de 2004 entre Joseph Ratzinger et Jùrgen Habermas vient d'être édité. (2/3/2010)

Raison et religion

... Dialectique de la sécularisation:

Le débat de 2004 entre Joseph Ratzinger et Jùrgen Habermas vient d'être édité. (2/3/2010)

Avant l'élection d'avril 2005, Joseph Ratzinger figurait parmi les papabili, aux yeux des vaticanistes les plus pertinents.
Même ceux qui étaient réticents à l'idée de voir le théologien, réputé conservateur et rigoriste, devenir Pape, opposant des arguments aussi variés que son "grand âge" (mais il est tellement hors-normes que même ce critère n'a plus de sens lorsqu'on parle de lui!), et son manque de charisme(!) ne pouvaient écarter l'hypothèse de son élection, reconnaissant unanimement sa stature intellectuelle.
Je me souviens d'avoir lu à l'époque, sous la plume d'Henri Tincq un commentaire étonamment admiratif, que je cite de mémoire: "ceux qui ont assisté à sa rencontre avec le philosophe Habermas ont été impressionnés par la qualité du débat".
A l'époque, pas grand monde ne savait de quoi il s'agissait réellement, puisque ce débat, qui avait eu lieu le 28 janvier 2004 à Munich, avait été publié dans la revue "Esprit". Pas à la portée de tout le monde, donc, je le dis en toute humilité..
Mais il est bon, de temps en temps, de rappeler à quel point notre Pape est ouvert à la discussion, au plus haut niveau.

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Six ans après, les éditions Salvator viennent de republier les deux interventions:
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Voici ce qu'en dit l'éditeur sur la 4ème de couverture:

Les procédures et les principes des États démocratiques suffisent-ils à garantir la solidarité qui doit régner dans une société libérale ? Sont-ils les seuls critères d'une société juste ? Quelle place accorder aux traditions religieuses dans la discussion publique au sein des sociétés sécularisées et démocratiques ? Le philosophe Jürgen Habermas et le cardinal Joseph Ratzinger échangent leur point de vue sur ces questions. Cette rencontre stimulante - quoique a priori improbable - ne manquera pas d'en surprendre plus d'un. Jürgen Habermas, philosophe héritier de l'École de Francfort, est connu aujourd'hui pour la théorie de la discussion qu'il a élaborée en morale et en droit. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, largement traduits en français, dont : Entre naturalisme et religion (Gallimard, 2008).


La préface de Florian Schuller, directeur de l'Académie Catholique de Bavière, qui avait organisé la rencontre, après en avoir brossé l'arrière-plan, ne décourage pas de lire des textes apparemment ardus, au contraire:

Jùrgen Habermas avait fêté son soixante-quinzième anniversaire le 18 juin 2004, et le 19 avril 2005, le cardinal Joseph Ratzinger fut élu pape. En ces deux occasions sans lien entre elles, la plupart des commentateurs dans les grands journaux n'omirent pas de mentionner - selon des perspectives diverses, naturellement - le débat qui avait eu lieu entre ces deux antipodes intellectuels le lundi 19 janvier 2004, à Munich, sur invitation de l'Académie catholique de Bavière. Il ne semble pas exagéré d'affirmer que la rencontre entre un des philosophes les plus importants de ce temps et celui qui était alors le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi suscita un intérét mondial. ...
Quelques mois plus tard, de nombreux articles écrits pour l'anniversaire de Habermas revinrent sur les tenants et aboutissants de cette rencontre ; jusqu'à maintenant, la surprise, voire l'incompréhension, restent entiers chez ses amis comme chez ses adversaires. Quand il fallut, après l'élection du pape, faire le portrait intellectuel de Benoît XVI, le rappel du débat sur les fondements de notre société occidentale sécularisée, que le cardinal avait poursuivi avec des réflexions sur le dialogue interreligieux dans le monde, s'imposa de lui même.
(...)

Les enjeux d'une lecture stimulante
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Je voudrais signaler le clair avantage de ce livre, avec ses textes denses mais peu longs, sur des essais beaucoup plus volumineux et complets traitant des mêmes sujets. Le lecteur peut se confronter ici avec intensité, en se concentrant sur l'essentiel, à deux formes d'argumentation fondamentales, qui en soi se rejoignent (...)


Il convient de préciser que le traducteur Jean-Louis Schlegel, qui présente ici le débat, a clairement choisi son camp - c'est évidemment son droit - et ce n'est pas celui du futur Pape.
Il écrit en effet:

La question qui demeure est celle-ci : qu'est ce qui s'est passé ensuite ? Puisqu'il s'est produit un événement aussi considérable que l'élection comme pape d'un des deux interlocuteurs, est-il survenu aussi du neuf, dans l'ordre de la pensée entre le philosophe et le théologien, depuis la rencontre de 2004 ?

(..) Du côté de Joseph Ratzinger devenu Benoit XVI, la liberté de pensée de 2004 - qui avait paru inaccoutumée de sa part - n'a pas été conservée, semble-t-il. L'idée de nature comme barème éthique a été réaffirmée sans concession, et même dans un langage rigoureusement thomiste qu'on croyait en retrait dans la pensée de l'Église, tandis que le combat contre le « relativisme », absent dans le débat de 2004, a été réaffirmé.
Sans donner une place excessive à la célèbre « conférence de Ratisbonne » (septembre 2006) avec sa citation stigmatisant la violence de l'islam, on a aussi eu l'impression que le pape semblait marquer une méfiance ou un recul par rapport à l'écoute et au dialogue des religions du monde, qu'il souhaitait en 2004. L'arrivée aux responsabilités suprêmes a-t-elle remis en cause une évolution intellectuelle en cours ? Impossible de l'affirmer, méme si des signes divers semblent soutenir cette interprétation.
De son cóté, Júrgen Habermas a maintenu fermement et même affine sa proposition aux sociétés et aux États sécularisés et laiques d'écouter davantage le message des religions. Comme le rappelle le Dr Schuller, cette nouvelle orientation de sa pensée et la rencontre de Munich elle-même avaient pourtant suscité l'incompréhension de certains de ses amis.
La rencontre personnelle avec le cardinal Ratzinger ne l'a néanmoins pas empêché de critiquer ouvertement le « tour étonnamment antimoderne », c'est-à-dire « métaphysique » au mauvais sens du mot, du discours de Ratisbonne.

Et il déplore:
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Enfin, si, dans certains milieux intellectuels en France et à l'étranger, dans l'intelligentsia catholique aussi, la rencontre Habermas-Ratzinger constitue une référence importante, il faut bien reconnaître que son écho dans les débats publics frangais autour de « laicité et religions », « État et religions », a été plus que faible sinon inexistante. Si le Dr Florian Schuller s'étonne en passant du silence de l'Église allemande face au « projet tombant à pic » de Habermas (celui de nouer le dialogue entre sociétés modernes et religions), on peut parler au contraire de la surdité, en France, des instances laiques et politiques à toute pensée neuve en matière de laicité.


On trouvera des commentaires-résumés des deux interventions d'environ 20 pages chacune ici:
- http://atteindredieu.lalibreblogs.be/..
- http://www.temoins.com/...

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