Tunisie : un référendum pour vider la constituante de sa substance !

Tunisie : un référendum pour vider la constituante de sa substance !



Publié le Jeudi 08 Septembre 2011 à 17:10
LLes Tunisiens éliront une assemblée constituante le 23 octobre. ’échéance du 23 octobre est attendue par tout le monde comme un épisode décisif qui va mettre un terme à l’instabilité et l’incertitude qui prévalent dans le pays, et rétablir la légitimité des urnes, et la souveraineté populaire.

Les Tunisiens éliront une assemblée constituante le 23 octobre, parmi des candidats des dizaines de listes illustrant ce paysage politique postrévolutionnaire multicolore. Le peuple dira son mot, pour la première fois, depuis le 14 janvier et choisira ses élus, ceux qui vont jeter les fondements de la nouvelle république, que l’on veut démocratique et plurielle, à travers l’élaboration d’une nouvelle constitution. Ces mêmes élus devront gérer cette période transitoire, et apporter des solutions aux nombreuses urgences socioéconomiques, dont la non-résolution, explique en grande partie la persistance de l’instabilité et des troubles dans de nombreuses régions de la Tunisie. 

Ainsi, un nouveau gouvernement devra succéder à l’actuel gouvernement provisoire dont la mission se termine quelques jours après le 23 octobre, comme l’a réitéré à maintes reprises,  le Premier ministre, Béji Caïd Essebsi  qui s’est engagé à passer le relais à une nouvelle équipe gouvernementale qu’aura désignée l’assemblée constituante une fois élue et installée. 

Tout le monde est d’accord, les politiques en tête, que le peuple tunisien a atteint aujourd’hui le degré de maturité l’habilitant à choisir ceux qu’il jugera le plus à même de gouverner, de tirer un trait sur le passé de despotisme, de répression et de corruption et d’incarner le vrai changement. 

Jeter le doute d’emblée sur la future assemblée constituante revient à craindre la volonté populaire et le suffrage universel. Qu’il y ait encore des zones d’ombre sur la durée de cette assemblée et sur sa capacité de sortir le pays de l’ornière, est tout à fait compréhensible. C’est d’autant plus légitime que cette période provisoire a vu une scène politique évoluant à hue et à dia, émaillée qu’elle était de crises, de tensions, de conflits idéologiques…Des épiphénomènes s’il en est dont la plupart se son dissipés car fallacieux et en désharmonie avec la sphère d’intérêt général. 

La crainte que l’assemblée constituante se transforme en arène de combat entre les forces en place n’est donc pas sans fondements. La pluralité espérée et attendue de cette future instance élue pourra être source de querelles et se transformer en un élément de blocage qui empêchera le pays d’avancer.  Néanmoins, cette peur ne justifie guère cette propension avérée de vider l’assemblée constituante de sa substance, et de la réduire à une simple commission dont le rôle se limitera à rédiger une constitution.

La Tunisie a besoin à ce stade d’une vraie classe dirigeante, ayant pleins pouvoirs pour qu’elle puisse agir et remettre le pays sur les rails. La souveraineté de la constituante ne signifie pas systématiquement qu’elle dérapera vers l’abus de pouvoir. D’aucuns entretiennent cet amalgame à dessein, exacerbant ainsi le climat de suspicion et la crise de confiance dans la société. 

Saturée, la scène politique est aujourd’hui hétéroclite. Elle rassemble de vrais acteurs politiques, militants, intègres et soucieux de l’intérêt du pays, de son progrès et de son invulnérabilité,  et d’autres politicards et opportunistes qui cherchent à semer la zizanie et le chaos, pour empêcher  la Tunisie de réussir sa première épreuve et d’avancer sur le chemin de la reconstruction et de la réforme. L’idée farfelue du référendum a émané de cette deuxième catégorie, qui a à cœur de prolonger cette période d’illégitimité, avec des institutions fantoches. Car, elle ne peut trouver sa place que dans un climat pareil, et sera éjectée de facto si des institutions légitimes et souveraines président aux destinées du pays. Sinon pourquoi exiger un référendum à quelques semaines du scrutin, prenant de court même les spécialistes de droit et autres experts des opérations électorales, pour qui l’organisation d’un référendum dans un laps de temps si court est quasi-impossible. 

Toujours est-il que la question n’est pas tranchée et l’idée du référendum est à l’ordre du jour, certains la soutiennent, faut-il le dire, de bonne foi, par une espèce d'effet d'entrainement.  Le sujet accapare, de ce fait, le débat public qui devrait être consacré à la préparation des élections, à leur organisation logistique, à la présence des observateurs nationaux et internationaux et à la mise à disposition des moyens susceptibles d'assurer le déroulement du scrutin dans les meilleures conditions.  

Reste la responsabilité des partis politiques, les vrais, de sortir de ce blocage et de présenter des garanties à la population quant à leur capacité de bien gérer la période transitoire de l’après 23 octobre. Ils peuvent s’engager dès maintenant sur la durée de l’assemblée constituante, ses prérogatives, ses priorités, les modalités de choix du nouvel exécutif…ce sera une charte contraignante que les partis politiques et autres indépendants approuveront solennellement et à laquelle ils se soumettront, que les résultats des élections soient en leur faveur, ou en leur défaveur.

H.J

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